On me demande de payer un rituel : dois-je accepter ?
Non. Et si vous n'avez que dix secondes, c'est la seule chose à retenir.
Par Olivier Meltz, médium dans les Vosges
Vous avez peut-être la proposition sous les yeux en ce moment même. Un message, un devis, un montant annoncé au téléphone. Vous cherchez un avis extérieur avant de vous décider, et vous n'avez pas envie d'un long article.
Alors ne payez pas. Ni ce rituel, ni ce déblocage, ni cette purification, ni ce travail complémentaire. Quel que soit le nom qu'on lui donne, et quel que soit le montant.
Le reste de cette page vous dit ce qui va se passer maintenant, et quoi faire concrètement.
Ce qui va se passer si vous refusez
Autant vous prévenir, pour que ça ne vous prenne pas au dépourvu. Ce n'est pas parce que vous dites non que ça s'arrête.
On va insister. Plusieurs appels, plusieurs messages, parfois à des heures inhabituelles. On vous expliquera que vous laissez passer votre chance.
On va vous culpabiliser. Pour vos proches, pour vos enfants, pour la personne que vous aimez. « Vous préférez laisser cette situation empirer ? »
On va vous faire peur. Le travail serait déjà commencé, s'arrêter maintenant serait dangereux, les conséquences retomberaient sur vous ou sur votre famille.
C'est faux. Rien ne vous arrivera. Ce chantage est le dernier levier dont ces gens disposent, et il ne fonctionne que sur ceux qui n'ont pas été prévenus. Vous, vous l'êtes.
Ce qu'il faut faire, dans l'ordre
1. Arrêtez tout paiement. Maintenant. Pas au prochain versement, pas après avoir terminé ce qui est engagé.
2. Coupez le contact. Bloquez le numéro, le compte, l'adresse mail. Ne répondez plus, même pour dire non — chaque échange est une occasion de vous reprendre.
3. Conservez tout. Messages, captures d'écran, relevés de virements, annonces, profils. Même si vous ne comptez pas porter plainte aujourd'hui, gardez-les.
4. Prévenez votre banque si des prélèvements sont en cours, et faites-les stopper. Demandez aussi si un recours est possible sur les sommes déjà versées.
5. Parlez-en à quelqu'un. C'est l'étape que tout le monde saute, et c'est la plus importante. J'y reviens plus bas.
Des phrases pour mettre fin à l'échange
Beaucoup de gens n'osent pas refuser franchement. On se sent grossier, on cherche une excuse, et pendant ce temps la conversation continue.
Vous n'avez aucune justification à donner. Mais si ça peut vous aider, voici de quoi raccrocher.
Et vous raccrochez. Sans attendre la réponse, sans écouter l'argument suivant. Vous n'avez pas à gagner la discussion — vous avez seulement à en sortir.
Si vous avez déjà payé
Beaucoup de gens qui lisent cette page ont déjà versé quelque chose, et le raisonnement qui les retient est toujours le même : j'ai déjà mis autant, autant aller jusqu'au bout.
C'est exactement ce sur quoi ces gens comptent. L'argent déjà versé ne reviendra pas parce que vous en versez davantage — chaque euro supplémentaire est un euro perdu de plus, jamais un euro récupéré.
Arrêter à mille euros coûte mille euros. Continuer coûte toujours plus. C'est la seule arithmétique qui compte à ce stade.
Trois mille cinq cents euros en un mois
Une personne est venue me voir par désespoir, il y a longtemps, à mes débuts. Elle m'a avoué avoir dépensé plus de 3 500 € en un seul mois chez quelqu'un qui lui vendait des travaux successifs.
Ma réaction, sur le coup, a été de lui dire : « mais vous êtes folle ». Je ne suis pas fier de cette phrase. Sur le moment, je n'ai pas pensé une seconde à la souffrance qu'il fallait avoir pour verser une telle somme en si peu de temps.
Je le raconte pour une raison précise. Si vous êtes un proche de quelqu'un dans cette situation, vous aurez probablement la même réaction que moi. Vous allez trouver ça insensé, vous allez peut-être le dire, et cette personne se refermera.
Ce n'est pas de la bêtise. C'est de la détresse, et un mécanisme conçu par des gens dont c'est le métier. On ne verse pas 3 500 € en un mois parce qu'on est naïf : on le fait parce qu'on souffre et qu'on ne voit plus d'autre issue.
Cette dame est toujours ma cliente, tant d'années après. C'est peut-être le meilleur signe qu'elle a fini par s'en sortir.
La honte est ce qui fait tenir le système
Si vous ne parlez à personne, c'est presque toujours pour l'une de ces trois raisons : on vous a demandé le silence, vous craignez qu'on vous prenne pour un imbécile, ou vous ne voulez pas inquiéter vos proches.
Ces trois raisons servent exactement les intérêts de celui qui vous soutire de l'argent. Une victime qui se tait est une victime qui continue de payer — et le suivant se fera prendre de la même façon.
Si vous n'osez pas en parler à votre entourage, parlez-en à quelqu'un dont c'est le métier. Vous n'aurez ni à vous justifier, ni à supporter un jugement : ces professionnels voient ce genre de situations tous les jours.
Et si vous êtes le proche : écoutez d'abord, jugez ensuite — ou pas du tout. Je sais de quoi je parle.
Où trouver de l'aide
Tous ces recours sont gratuits, et aucun ne vous obligera à engager quoi que ce soit.
Le 116 006 — le numéro national d'aide aux victimes. Gratuit, confidentiel, ouvert tous les jours de 9 h à 20 h. On vous écoute, on vous informe sur vos droits, et on vous met en relation avec une association d'aide aux victimes près de chez vous.
Info Escroqueries, au 0 805 805 817 — appel gratuit, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30. La plateforme est tenue par des policiers et des gendarmes spécialisés, qui informent et orientent les victimes d'escroquerie.
Le dépôt de plainte, dans n'importe quel commissariat ou gendarmerie. L'abus de faiblesse est reconnu par la loi française, et des condamnations existent dans ce domaine. Apportez vos preuves — c'est pour ça qu'il faut tout conserver.
Votre banque, pour bloquer les prélèvements et examiner les recours possibles.
Un conseil enfin : n'attendez pas d'être sûr de vouloir porter plainte pour appeler le 116 006. On peut simplement s'informer, et décider ensuite.
Si vous allez très mal
Perdre une somme importante peut mener très bas — la honte, l'impression d'avoir tout gâché, la peur d'en parler à sa famille. Cette situation se répare, contrairement à ce que vous ressentez peut-être en ce moment.
Si vous ne voyez plus d'issue, appelez le 3114. C'est gratuit, joignable jour et nuit, et on vous répondra sans vous juger.
Questions fréquentes
Et si le rituel était déjà commencé ?
Il ne se passera rien. Cette phrase n'existe que pour vous empêcher d'arrêter — c'est même le signe le plus sûr que vous avez affaire à une arnaque et non à un praticien. Un travail « resté ouvert » n'a aucune conséquence, pour la simple raison qu'il n'y a jamais eu de travail.
Puis-je récupérer mon argent ?
Je ne suis pas juriste et je ne vais pas vous donner de faux espoirs. Ce que je sais, c'est que les démarches existent et qu'il ne faut pas y renoncer par honte. Le 116 006 vous orientera vers des professionnels qui connaissent précisément ces situations.
Et si cette personne m'avait dit des choses justes au début ?
C'est précisément ce qui rend le piège efficace, et ça ne change rien à ce qu'il faut faire. Une première consultation troublante sert à établir la confiance avant la vente. Perception juste et pratique commerciale malhonnête peuvent parfaitement coexister.
Un proche est pris dedans et refuse de m'écouter
On lui a probablement demandé de ne pas vous en parler. Ne l'attaquez pas de front et ne le traitez pas de crédule — j'ai fait cette erreur une fois, et je sais qu'elle referme les gens. Restez présent, sans juger. Le jour où il doutera, il faut qu'il ait quelqu'un vers qui aller.
Existe-t-il des rituels honnêtes, chez certains praticiens ?
Ma position est simple et je n'en changerai pas : je ne pratique aucun rituel, aucun déblocage, aucun désenvoûtement, et je n'en recommanderai jamais. Dès qu'on vous demande de payer pour lever quelque chose, la réponse est non.
Les numéros à retenir
116 006 — Aide aux victimes. Gratuit et confidentiel, tous les jours de 9 h à 20 h.
0 805 805 817 — Info Escroqueries. Gratuit, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30.
3114 — Si vous allez très mal. Gratuit, jour et nuit.
Et le dépôt de plainte, dans n'importe quel commissariat ou gendarmerie.
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